mercredi 25 juin 2014

Les techniques de création de certitudes en communication

Plan serré, personnalisation, le réflexe du bon contre le méchant, du David contre le goliath, jouer sur l'émotionnel, transformation du citoyen en consommateur, ne pas dire le principal, sont autant de grosses ficelles déployées par la communication en substitution de l'information. Ces techniques de communication qui relèvent de procédés publicitaires ont été largement déployées par le blue charity business. Cette mécanique participe de la machine à fabriquer des certitudes déployée par PEW et ses partenaires communicants sur les questions océaniques. Un petit cas d'étude immédiat, une campagne requins contre la découpe des ailerons du WWF Australie. Limpide.


LES TECHNIQUES MEDIA


Dans la vidéo qui suit, à partir de 02:30 et jusqu'à 31:00, Dimitri de Kochko, journaliste, nous retrace un certain nombre d'outils et de moyens de communication utilisés par tous ceux qui veulent déployer de la puissance dans des sociétés où les techniques de communication l'emportent sur la production d'information.

Ces techniques sont largement déployées par les courtisans de l'opinion publique non spécialisée, sur-désinformée et malade de l'instantané. La facilité de la recherche d'information, un public urbain qui se pense suffisamment éduqué, constitue un terreau favorable à la transformation d'un citoyen en consommateur de produits informationnels commerciaux main-stream.




DANS LE BLUE CHARITY BUSINESS

Dans le domaine de la communication sur les océans du Blue Charity Business, le recours à la dialectique David Contre Goliath, et de désignation du bon et du méchant a été continuellement utilisée, que ce soit par PEW, WWF ou Greenpeace.

Le recours aux ambassadeurs des océans people, ou aux égéries diverses et variées ont été utilisées dans le champ de la personnalisation.

La technique du plan serré médiatique est une pratique systématique, notamment par la mise en exergue d'une science sur commande relayée immédiatement dans les médias en caisse de résonance, au détriment du débat scientifique contradictoire et des autres pensées scientifiques, au sein des institutions qui doivent assurer ce débat.

Enfin sur le sujet du non-dit, ou de ne pas parler de l'essentiel, nous avons :
  • la non mise en perspective des solutions environnementales proposées au regard des tendances géostratégiques de fond, et de leurs conséquences très opérationnelles,  
  • la création de miroirs aux alouettes pour focaliser le sujet et le débat sur un élément seulement, 
  • la non remise en cause du système de consommation américain et de production de CO² pour ne focaliser que sur l'élimination du carbone par les océans et les poissons, par exemple, etc. 
Et de manière générale, le choix de sujets qui ne peuvent qu'amener un consensus de non spécialistes du fait de la charge émotionnelle, en jouant sur des réflexes et des peurs de sociétés (croissance humaine, peur du péril jaune), sans évoquer les autres facettes ou conséquences opérationnelles associées. Nous détaillerons prochainement sur blue lobby eu plusieurs sujets et thèmes en relation avec la mise en place d'Aires Marines Protégées de grande échelle sans pêche.

UN EXEMPLE : WWF AUSTRALIE


Le dernier exemple en date est cette campagne de WWF Australie sur la protection des requins. En apparence on comprend que l'objectif est de montrer que c'est la consommation de soupes de requins asiatiques qui tire le commerce et la pratique de la découpe d'ailerons de requins. Mais cette illustration adresse en fait un autre sujet de part son slogan "STOP ONE. STOP THEM ALL". Où bien entendu on parle des consommateurs chinois, mais surtout des Chinois tout court. Le renouveau du péril jaune.

Ce slogan parle en fait plus aux opinions publiques australiennes dans un contexte de tensions sur la mer de Chine du Sud, dans celui d'un sommet 2014 Shangri-La sur la sécurité dans la sous-région qui a été très tendu entre les USA et la Chine, dans un contexte de consolidation du pivot américain Asie Pacifique qui s'appuie sur les deux axes détroit de Malacca et Australie/Guam, et enfin dans un contexte australien d'attaques requins et d'affrontement entre les ONGe ultra anti pêche requins et un gouvernement qui essaye de gérer le risque requins.

Regardons de plus près les messages graphiques associés à cette affiche. Les Européens qui sont  familiarisés avec l'Asie du Sud Est reconnaîtront des pêcheurs issus de l'Asie du Sud, du Sud-Est et de la bordure Pacifique (peau plus foncée), c'est-à-dire Philippins, Indonésiens, Malais, esclaves de la domination historique chinoise, pauvres, et tueurs à gages que l'on recrute pour une bouchée de pain, vecteur d'insécurité dans les mégapoles de l'Asie du Sud Est et les lieux touristiques fréquentés par les nantis de la sous-région. Avec du sang jusqu'aux coudes et victimes de leurs conditions, voire esclaves embarqués.

L'effet pyramide est censé montrer une chaîne de causalité, c'est le consommateur qui donne le mobile du meurtre. Sauf qu'en ce cas la pyramide est inversée, il y a normalement beaucoup plus de consommateurs que de pêcheurs. Parce qu'en fait il ne s'agit pas d'une pyramide de causalité "marché", mais une pyramide "domination", les pêcheurs ploient sous le poids. Et qui retrouve-t-on en haut de la pyramide : Xi Ping, l'actuel président chinois. Même corpulence, même coiffure, propre sur lui. La Chine en haut, au Nord, les Philippines, la Malaisie, l'Indonésie en bas au Sud, les riverains du pivot du détroit de Malacca.

Les pêcheurs sont présentés sur un quai sordide, avec en arrière plan les "fourmilières" des métropoles asiatiques noyées dans une brume de pollution à gauche et quelques rares navires à droite. Le quai béton craquelé annonce la faillite de l'exploitation de la mer, que l'on voit à peine. Image de stérilité.

Les intermédiaires sont glauques, véreux, sales, probablement malodorants et pas net (cf. la femme asiatique, maîtresse femme commerçante avec qui vous vous prenez la tête pour négocier le moindre rabais).

L'avant dernier niveau présente le restaurateur qui va vous préparer votre soupe, et le scientifique. Tous les deux un peu ridicules et caricaturaux, très kitch, comme généralement l'occident se plaît à caricaturer les asiatiques qu'ils renvoient souvent à la copie de comportements occidentaux dépassés chez nous mais en vogue chez eux. Le scientifique a une double vocation. Il s'adresse aux produits dérivés du requin (squalène extrait des cartilage et des huiles, non présents dans les ailerons). Mais aussi il est en train de piler. C'est donc l'utilisateur des produits comme la corne de rhinocéros que l'on pile et autres produits d'espèces en voie de disparition dont le braconnage alimente les phantasmes asiatiques sur les aphrodisiaques.

D'ailleurs si vous suivez le lien, vous tomberez sur une page qui vous présente :
  • Des rhinos et des éléphants, avec une photo et un texte émotionnel
  • "What you can Do" . Et bien aider le WWF à être actif, enfin vous allez être le petit David qui va vous permettre d'être acteur contre le Goliath... au travers du WWF
  • Et enfin le formulaire de don au WWF.
On ne parle plus de requins, on a joué sur vos a priori et, en fait, on fait du fund-raising.

Où est le consommateur australien de Fish & chips ?

La journée de l'intelligence économique 2014

La vidéo de Dimitri De Kochkov a été réalisée lors de la journée de l'intelligence économique 2014, organisée par l'école de guerre économique. Le thème 2014 était "pensée dominante versus liberté de l'information".

Voici le trailer de la première table ronde à laquelle participait Dimitri de Kochko.