vendredi 7 février 2014

Les portes claquent au Sénat

Hier, le 6 février 2014,  se déroulait au Sénat une audition sur le thème "Pêches maritimes : comment concilier exploitation et préservation des ressources halieutiques", dans le cadre de l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques OPECST. M. Gérard Romiti, président du Comité National des Pêches (CNPMEM) et Olivier le Nezet, président du Comité Régional des Pêches maritimes de Bretagne, et président de l'association Blue Fish, ont quitté cette audition. Ouest-France titre sur cet évènement "Les pêcheurs claquent la porte du Sénat". Quelques éléments de décodage ci-dessous.


Mise à jour 08/02/2014 : pour le contenu de l'audition et les conclusions : voir l'article du Marin

Ne sont approfondies ci-dessous que les questions de relations d'acteurs.
  • Première approche des réseaux de Claire Nouvian
  • L'analyse des réseaux

L'article de Ouest-France rapporte sur cette audition, dont voici le programme, les raisons de ce clash. En toile de fond l'accord privé entre Intermarché et l'ONG Bloom (Claire Nouvian) concernant la pêche au chalut dans les grands fonds, accord obtenu suite aux menaces de boycott des points de vente d'Intermarché. Si les principales ONG Environnementales et Intermarché se sont félicitées de cet accord, le Comité National des pêches a tenu à se démarquer de cette négociation, comme le titre Ouest France de nouveau, et a publié un communiqué de presse.

Lors de l'audition, le Président du CNPMEM a prononcé une déclaration qui est reprise ici.

Vous pouvez lire les différents articles de presse, mais il est intéressant de dézoomer ce coup de vent en pointant quelques éléments supplémentaires.

Veuillez noter également que Gérard Romiti a déclaré dans l'interview de Ouest France du 07 février 2014 :

"J'avais trop de gens à charge en face de moi."

Petit retour sur les participants à cette réunion. Et notamment quelques personnalités qui ne sont pas évoquées dans ces coups de gueule :
  • M. Philippe Cury, spécialistes des petits pélagiques et des écosystèmes d'up-welling,  mais pas des poissons de grands fonds
  • M. Gilles Boeuf, actuel président du Museum National d'Histoire Naturelle (MNHN), ex scientifique d'Ifremer, spécialiste de l'aquaculture via la physiologie des salmonidés et qui a consacré une partie de sa carrière à l'aquaculture de saumon y compris 3 ans au Chili (peut-être dans le cadre de l'introduction du Saumon atlantique dans le Pacifique). voir ici son dernier portrait lors de son intronisation au Collège de France.
  • M. Cleach, sénateur UMP, membre de la commission OPECST et organisateur principal de l'audition,
  • et un certain nombre de personnalités politiques que nous allons détailler ci-dessous.
Précisons aussi que l'ensemble des liens évoqués ci-dessous sont totalement objectifs et publics.

Première approche des réseaux de soutien à Claire Nouvian

En 2008, le sénateur UMP Marcel-Pierre Cléach est rapporteur du rapport "Marée Amère - pour une gestion durable de la pêche". Ce rapport pointait des inquiétudes sur la surpêche. La synthèse de ce rapport reproduisait une illustration en page 2, une carte tirée d'une publication de Villy Christensen de 2003 présentant une situation en 2000, "Hundred-year of decline of North Atlantic predatory fishes". Publication réalisée dans le cadre du programme Sea Around Us dont nous parlerons ci-dessous. Cette illustration est reproduite ci-contre. Elle présente avec un grand niveau de précision les abondances de poissons en 1900, et l'absence quasi totale de poisson en 2000. Illustration très parlante et qui nous montre à quel point la science était performante dans le suivi statistique dans les années 1900 alors qu'en 2014 nous peinons encore à comprendre le milieu marin et notamment ces questions d'abondance. Aucune information sur les sources scientifiques, les hypothèses ou les incertitudes. Qu'importe, une carte ça parle. Cette même illustration est reprise d'ailleurs dans l'audition de Philippe Cury à l'Assemblée nationale le 31 janvier 2013, alors même que la situation a quelque peu évolué depuis les années 2000. Villy Christensen et Philippe Cury ont déjà publié ensemble d'ailleurs.[Daan N., Christensen V. et P. Cury (Eds.) 2005. Quantitative ecosystem indicators for fisheries management. ICES Journal of Marine Science. 62: 307-614]


Autres membres de la commission OPECST en 2014 : Mme Chantal JOUANNO pour les sénateurs. Mme Jouanno est un soutien de Claire Nouvian via l'appel au Président de la République cf ci-dessous. Chantal Jouanno est aussi la présidente d'un nouveau Think-Tank, créé en mars 2013 : ECOLO-ETHIK. Ce think tank compte dans son Conseil Scientifique et éthique Philippe Cury, Gilles Boeuf et Matthieu Ricard. Ils ont apporté leur soutien à Claire Nouvian dans le cadre de sa campagne contre la pêche dans les grands fonds. Noter aussi que Chantal Jouanno est obligée de composer dans le cadre des alliances MODEM-UDI-UMP pour les municipales parisiennes avec Marielle de SARNEZ (également soutien à Claire Nouvian), grâce probablement à Yann WEHRLING (cf. plus bas, mais sur la question de la pêche des grands fonds son compte twitter nous montre qu'il relaie des informations sur le sujet). Yann Wehrling est porte parole du MODEM et en charge du programme écologique de la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet (également soutien à Claire Nouvian).

Le conseil scientifique et éthique d'ECOLO-ETHIK compte aussi Jean JOUZEL, climatologue et glaciologue, président de l'Institut Polaire et membre du comité d'expert de l'ONGE (ONG environnementale) le cercle polaire. Jean Jouzel, Philippe Cury et Gilles Boeuf sont aussi membres du comité scientifique de la fondation Maud FONTENOY.

Dans ce blog, nous avons rappelé à de nombreuses reprises les liens existant entre Claire Nouvian et la fondation américaine de la famille d'origine pétrolière PEW (le PEW Charitable Trusts). Bloom / Claire Nouvian est quasiment la seule ONG à être membre de l'ensemble des coalitions d'ONGE portées par PEW, à savoir la DSCC - Deep Sea Conservation Coalition principalement animée par Claire Nouvian et Matthew Gianni, OCEAN2012, Shark Alliance et Save the Antarctic Now. Claire Nouvian a bénéficié d'une bourse de 150 000 US$ en 2012. Elle a donc constitué un partenariat gagnant/gagnant très efficace avec ces acteurs, et la seule dépendance financière n'est probablement pas la seule grille de lecture de ce relationnel.

Philippe Cury, comme Jean Jouzel, est aussi membre du Comité de Veille Scientifique de la Fondation pour l'Homme et la Nature de Nicolas Hulot, lui-aussi soutien de Claire Nouvian. Philippe Cury a représenté cette fondation en 2009 lors du grenelle de la mer. Il est aussi membre du conseil scientifique de l'Institut Océanographique de Monaco, fondation Albert 1er. L'actuel Prince Albert 2 de Monaco est un soutien à Claire Nouvian depuis 2008.

Mais Philippe Cury est également lié à PEW. Il est membre depuis 2011 du comité qui conseille la fondation PEW sur l'attribution des PEW Fellow Programs in Marine Conservation dont Claire Nouvian a bénéficié en 2012. Il est aussi conseiller scientifique du Fisheries centre de l'Université de Colombie Britannique, qui porte le programme Sea Around Us piloté par Daniel PAULY et Rachid SUMAILA, et auquel appartient Villy Christensen l'auteur de la publication citée en haut d'article. Ce projet Sea Around Us est totalement porté et financé par PEW. Nous avons pu identifier 15 millions US$ de financement sur la période 1998 à 2011, exclusivement sur le financeur PEW. Aujourd'hui, nous devons probablement être plus proche de 20 millions US$ mais nous ne pouvons plus le savoir car PEW n'est pas tenu à être transparent sur ses soutiens hors des USA et a déconnecté sa base de donnée en ligne de ses bénéficiaires. 80% des référents scientifiques avancés par Claire Nouvian sont dans le réseau de Sea Around Us, sont passés un moment par ce réseau, utilisent des sujets de travail initiés quand ils étaient en doctorat dans ce centre, ou avec lequel un de leurs étudiants finalise un post-doctorat. Ce que ne présente pas le profil wikipedia de Philippe Cury, c'est son appartenance au Lenfest Forage Fish Task Force, au sein de l'Institute for Ocean Conservation and Sciences (IOCS). La fondation Lenfest assure via son programme Lenfest Ocean Programme une dotation ciblée pour la recherche sur la conservation des océans et en a confié la gestion à PEW. L'IOCS, actuellement porté par la Stony Brook University of Marine and Atmospheric Sciences, s'appelait autrefois le PEW Institute for Ocean Science. Aujourd'hui l'institut a diversifié ses donateurs sans qu'il soit encore possible d'identifier la part effective en financement donné par chacun des donateurs, dont PEW.

Les liens entre Daniel Pauly et Philippe Cury sont anciens et entretenus. Ils publient en avril 2013 "Mange tes méduses", un livre qui nous explique que les explosions de population de méduses sont le résultat de la surpêche. Et que bientôt nous n'aurons plus que des méduses à consommer. Cette coopération existe de longue date, et vous les découvrirez dans le nombre de publications cosignées et le nombre d'opérations de communication conjointes. C'est très probablement Daniel Pauly qui a introduit Philippe Cury dans la sphère de PEW.

Quant à Rachid SUMAILA, il est le cofondateur de Sea Around Us, et il est intervenu tout récemment dans notre démocratie européenne sur la question des subventions, puisqu'il a été l'auteur d'une étude pour le Parlement européen sur les subventions à la pêche, qu'il a présenté au moment de l'examen du futur régime d'aide de l'Europe sur la pêche (Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche - FEAMP). Il est aussi une source d'information très utilisée par le rapport de Guillaume Sainteny "les aides publiques dommageables à la biodiversité" que vous retrouverez sur le site de la Fabrique Ecologique (cf. ci-après). La question des subventions est un sujet polémique et qui relève aussi du champ de l'économie politique. Il ne s'agit pas de réfuter le fait que les subventions aient été génératrices de surpêche à la fin des années 80, car utilisées de façon déconnectée des possibilités de pêche. Ceci étant dit, toute subvention d'appui au secteur privé, y compris concernant des mises aux normes, est classée par Rachid Sumaila comme générateur de surpêche, comme par exemple les subventions aux ports de pêche. Nous aurons l'occasion de revenir dans un autre article sur ces questions de subventions. Mais les professionnels de l'intelligence économique le savent très bien, la norme et les questions de soutiens publics sont des outils forts de puissance et de guerre économique. Dernier point sur cette étude de Rachid Sumaila pour le Parlement européen, il n'existe pas [encore] de traces publiques sur les conditions de son recrutement pour réaliser ce travail.

Revenons en France et à ce réseau. ECOLO-ETHIK a des liens très forts avec un autre nouveau think tank, la FABRIQUE ECOLOGIQUE, créé en juin 2013. Claire Nouvian est membre du Conseil d'orientation de la Fabrique Ecologique. Mais elle n'est pas la seule. L'accompagnent : Jean-Paul CHANTEGUET, soutien à Claire Nouvian, et actuel président de la Commission Développement Durable de l'Assemblée Nationale ; Yann ARTHUS-BERTRAND, président de la fondation GOODPLANET, et soutien à Claire Nouvian ; Allain BOUGRAIN-DUBOURG, soutien à Claire Nouvian et membre d'OCEAN2012 ; Daniel COHN-BENDIT, soutien à Claire Nouvian ; Michel ROCARD, soutien à Claire Nouvian, Chantal Jouanno, Jean-François JULIARD de Greenpeace France et soutien à Claire Nouvian, Corinne LEPAGE (soutien à Claire Nouvian via l'appel au Président de la République cf ci-dessous), mais aussi le WWF France, France Nature Environnement, Humanité et Biodiversité, IUCN France, des membres fondateurs de Terra Nova etc.

En parlant d'Humanité et Biodiversité, Philippe Cury est aussi membre du conseil d'orientation de cette ONGE (non présenté dans sa fiche wikipedia). Gilles Boeuf en est administrateur

Au-delà de l'appartenance de Chantal Jouanno au conseil d'orientation de la Fabrique Ecologique, nous pouvons apprécier les liens au travers de la composition des Conseils d'Administration de ECOLO-ETHIK et de la FABRIQUE ECOLOGIQUE. On y retrouve notamment Yann WEHRLING, soutien à la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais aussi David LEFRANC. David Lefranc est aussi présent au Conseil d'Administration de la fondation GOODPLANET de Yann ARTHUS-BERTRAND. Cette même fondation dispose elle-aussi d'un Comité scientifique dans lequel siège Gilles Boeuf. David Lefranc y est présent au titre de l'Institut Jane Goodall. L'Institut Jane Goodall dispose aussi d'un Comité d'Honneur dans lequel on retrouve entre autres Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Matthieu Ricard, Maud Fontenoy, Yann Arthus-Bertrand, SAS le Prince de Monaco, Yves Coppens (également membre du Comité Scientifique d'ECOLO-ETHIK).

Chantal JOUANNO a cosigné avec plusieurs femmes et hommes politique un appel au président de la République de soutien à Claire Nouvian / Bloom (cf. ci-contre). On y retrouve : Hubert VEDRINE (soutien à Claire Nouvian), Robert BADINTER (Soutien à Claire Nouvian), Fabienne KELLER UMP, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Corinne LEPAGE, Michel ROCARD, Marielle de SARNEZ, Anne HIDALGO, Pascal DURAND, Daniel COHN-BENDIT, Jean-Louis BORLOO, Jean-Paul BESSET, et enfin Jean-Paul CHANTEGUET et Laurence ROSSIGNOL, tous deux membres du courant PS La Gauche Durable.

Quelques liens qui ne sont pas nécessairement explicites.
  • Michel ROCARD est président du conseil d'orientation de Terra Nova, think tank dont on retrouve plusieurs fondateurs dans les conseils d'orientation d'Ecolo-Ethik et de la Fabrique Ecologique.
  • Michel Rocard s'est également beaucoup investi sur les questions des pôles, et en particulier l'Antarctique. Les liens entre Michel Rocard et Hubert VEDRINE sont anciens et sur de nombreux sujets, mais il se trouve qu'ils sont aussi bien connectés via la question des pôles et de l'ONGE le cercle polaire citée en début d'article. La collaboration la plus ancienne au sein de cette ONGE daterait de 2008.
  • Fabienne KELLER est une femme politique de l'UDI ayant rejoint l'UMP. Elle a perdu son siège de maire de Strasbourg en 2008, à la suite d'élections municipales qui avaient vu la création d'une liste MODEM menée par Chantal Cutajar, ancienne adjoint au maire de Fabienne Keller. Notons que c'est à l'occasion de ces municipales que Yann Wehrling a quitté EELV et a rejoint cette liste MODEM à Strasbourg, qualifiant le groupe des verts de "sectaires", dans une magnifique profession de foi "J'ai des idées je veux qu'elles avancent". Malheureusement, le porteur de ces idées n'a pas été désigné comme tête de liste par le groupe local des verts, malgré 20 ans de bons et loyaux services chez les verts, et une fonction de porte parole national de ce même groupe. Ce changement d'alliance lui vaut la radiation immédiate d'EELV, comme Jean-Luc Bennahmias avant lui pour le même chemin EELV vers le MODEM. MM Wehrling et Bennahmias créent en 2010 le mouvement écologie et démocratie. Par contre, retrouver des liens avec des centristes dont elle est originaire semble une stratégie payante pour Fabienne KELLER pour ces élections municipales de 2014, et l'écologie, ou un soutien ponctuel à une cause à connotation écologique, pourrait être un outil de séduction intéressant. Séduction aussi vis-à-vis de l'électorat des classes moyennes urbaines voire bobos. Ce que semble avoir perçu Anne Hidalgo également.
Notons aussi que Philippe CURY a été invité comme personne ressource aux deux dernières auditions parlementaires : celle  de l'Assemblée nationale sur les grands fonds à la Commission du Développement Durable présidée par Jean-Paul CHANTEGUET du 26 novembre 2013 et celle du Sénat du 6 février 2014 (avec Gilles BOEUF). Mais aussi une audition parlementaire du 31 janvier 2013.

Jean-Paul CHANTEGUET et Laurence ROSSIGNOL sont signataires du courrier interne au PS contre la pêche des grands fonds, courrier qui a fortuitement fuité sur le Nouvel Observateur le 25 octobre 2013. Comme avait fuité un rapport présenté comme confidentiel sur les subventions à la pêche dans le même journal le 9 juillet 2013. Ce dernier article fut l'occasion d'une tribune de (1) Claire Nouvian qui se disait au courant de l'existence de ce rapport et fustigeait l'Etat et la représentation professionnelle (2) Laurence Rossignol et (3) Marcel-Pierre Cléach, sénateur à l'origine de  l'audition de hier du 6 février 2014. Nous avions répondu sur ce rapport qui affirmait que 100% de la pêche étaient subventionnés.

Pour l'anecdote, Jean-Luc Bennahmias est aussi membre du conseil d'orientation de la Fabrique Ecologique. Il a servi les verts de 2004 à 2009, alors qu'il rejoint d'abord une liste MODEM pour les municipales dès 2008 avant d'intègrer pleinement ce parti en 2009. C'est quand même bien pratique cette position d'écolo-centrisme. Cela offre une grande palette d'alliance de la gauche la plus proche du centre aux anciens du centrisme intégrés dans l'UMP. Et permet aux déçus des anciennes structures de se vendre personnellement en jouant sur le discrédit des deux partis majoritaires, en prônant "l'intelligence", une "approche non partisane" ou " transpartisane" c'est selon. Bref une dévotion sans faille pour l'envie désintéressée de servir son pays et d'avoir du résultat sans objectif personnel. Il est aussi intéressant de constater les évolutions des groupes parlementaires d'EELV sur les questions de fiscalité et de budget ces trois dernières années. Il y a fort à parier que les transfuges d'EELV vers le centre seront plus importants que prévus, surtout au vu des résultats annoncés dans les sondages de la tendance verte "historique". Consacrez quelques minutes supplémentaires à lire une (nouvelle) profession de foi de Yann Wehrling "Pour un rassemblement écologique au centre", tribune cosignée de Yann Wehrling, Chantal Jouanno et Laurence Vichnievsky (tous les 3 membres d'Ecolo-Ethik) et de Franck Laval (membre du conseil d'orientation de la Fabrique Ecologique avec Yann Wehrling et Chantal Jouanno).

Il faut aussi noter le goût très prononcé et complexe de l'écolo-centrisme pour les questions fiscales et budgétaires : discipline budgétaire et pression fiscale frein au développement économique d'un côté,  mécanismes de financement alternatif de l'écologie, basés tantôt sur une fiscalité écologique, tantôt sur le recours aux "fonds internationaux", aux "partenariats publics-privés" de l'autre (établis sous les bons auspices de la défiscalisation caritative, et donc financés par les exonérations d'impôts). Cela reste encore très peu clair. Mais c'est très proche de l'approche d'économie publique prônée par PEW. Peut-être que les éléments de réponses sont dans ceux qui sont réellement touchés par cette fiscalité aux visages multiples.

La liste des soutiens présentés par Claire Nouvian ici.

L'analyse des réseaux

 Si on reprend simplement les relations décrites ci-dessus nous pourrions réunir le réseau suivant :
Dans cette représentation de réseau nous n'avons pas décliné l'intégralité du réseau de soutien à Claire Nouvian, ni l'intégralité des comités d'éthique, scientifique ou de veille, qui gravitent autour de ce que nous qualifierons d'écologie parisienne. La carte ci-dessous vous représente un premier regroupement de ces acteurs et de ces évènements autour de Claire Nouvian.

On va y retrouver 5 groupes et 3 "connectants".
  •  1 . Le groupe des "vilains" (en anglais), c'est-à-dire les pêcheurs, caricaturés à l'extrême comme représentant la pêche industrielle, et donc nécessairement "puissants" et "corrompus".
  • 2. En face de ceux-là un premier cercle qui sera celui des ONG Environnementales "corporate". Il s'agit là des antennes nationales de plus grandes ONG Internationales dont les centres de décisions sont en Suisse(Gland) ou ailleurs dans des sphères qui échappent largement aux instances ou militants de base : WWF International; Greenpeace International, ou Birdlife International (le pendant international de la LPO). Entre les antennes nationales et internationales, il existe une homogénéité sur les campagnes menées, mais aussi des transferts financiers montants et descendants. Les actions de terrain menées par ces ONGE corporate sont uniquement des campagnes médiatiques qui, notamment pour Greenpeace, renforcent aussi les campagnes de levée de fonds (Fund raising). Les 2 autres ONGE corporates sont quand à elles plus enclines à chercher des financements auprès de "partenariats publics privés", notamment auprès des instances gouvernementales, des fondations d'entreprises ou des fondations environnementales comme ceux de la famille PEW.
  • 3. Fait suite ce groupe relativement précis autour de la famille PEW et des diverses fondations de Monaco, mais dont les liens sont élargis de fait à un groupe de 5 autres fondations (non représentées ici) : Famille Packard, Famille Moore (Intel), Famille Walton (Wall Mart) et Adessium (nouvel arrivant Européen) et Oak foundation. Ces soeurs caritatives de bienfaisance ont pour caractéristiques de porter une réelle stratégie depuis plus de 10 ans sur les questions des océans. Et pour ce qui est de la fondation PEW, non seulement de porter une stratégie, mais en plus de l'organiser et d'assurer la mise en cohérence lobbyiste et financière des autres fondations. D'autres fondations sont également mobilisées, mais quasiment exclusivement en partenariat financier. Bien entendu, cela ne veut pas dire que toutes ces fondations ont fourni des fonds à Bloom. Mais elles sont toutes en interaction et permettent d'activer des liens de facilitation et de relationnel.
  • 4. Un quatrième groupe a pris une ampleur croissante sur la dernière décennie, il s'agit de ce que nous nommons "l'écologie parisienne". Pourquoi cette appellation connotée ? On y retrouve des organisations éminemment liées à leur créateur ou créatrice, dont on sent bien que la personnalisation voire la mythification du créateur/créatrice dépasse simplement l'artifice de communication. Toutes ces organisations se caractérisent par l'existence, et la recherche, de "personnalités de soutiens", qui, sur le modèle du comité de veille écologique de la fondation Nicolas Hulot, vont amener une forme de légitimité de l'association. On y retrouve autant de Sociétés "savantes", mais surtout on y retrouve avec une grande fréquence les mêmes personnes, toutes installées sur Paris. L'orientation "grands médias" de ces associations et la recherche de "grands témoins", ou de "personnes de société de références" se veut une reproduction des clubs parisiens que nous observions lors du Siècle des lumières... Manque dans ce réseau toutes les personnalités hautement liées aux mouvements médiatiques et artistiques parisiens, que vous retrouverez dans les soutiens officiels à Claire Nouvian.
  • 5. Enfin, le dernier groupe, celui des politiques.  Ce dernier groupe s'est plutôt constitué sur la fin 2013, mais à partir d'un noyau mobilisé initialement par Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko Morizet lors des grenelles de l'environnement et de la mer en 2008/2009. Ce noyau initial était d'ailleurs fortement lié à des personnalités du Monde des ONGE que nous retrouvons aujourd'hui dans le conseil d'orientation de la Fabrique Ecologique par exemple. Au niveau du groupe des signataires, les soutiens sont plus ou moins affirmés. Il faut faire la part entre la simple signature où l'on recherche aussi l'effet "de référence", du signataire qui va s'engager plubliquement et de façon répétée dans le sens de Claire Nouvian, comme c'est le cas de Marielle de Sarnez (MODEM) et de Jean-Paul Chanteguet et de Laurence Rossignol avec le courrier interne-externalisé au PS.
3 connectants apparaissent  entre ces réseaux : le dernier arrivant est Gilles Boeuf, ex Ifremer, et actuel président du Museum National d'Histoire Naturelle. C'est le plus récent dans cette course à la caution scientifique. Il se maille essentiellement avec le groupe de l'Ecologie parisienne et assure des fonctions de représentation et honorifiques dans des instances scientifiques dites "de haut niveau". Philippe Cury quant à lui est un vrai professionnel de la caution et de la représentation. Il présente la particularité de mailler fortement les fonctions de puissance administrative dans des organismes scientifiques, à celles de son implication militante (historiquement sur la fondation Nicolas Hulot, puis sur les autres clubs de l'écologie parisiennes) et au monde des fondations. Claire Nouvian quant-à-elle maille l'intégralité des réseaux présentés. Vouloir ramener les liens de dépendance de Bloom / Claire Nouvian à la seule dépendance financière est une approche totalement impropre des réseaux dans lesquels elle s'inscrit.