mardi 3 décembre 2013

L'obscurantisme infame du science-based lobbying : le cas de la pêche profonde

Procès de Galilée
2 scientifiques non militants, dûment mandatés par leur organisme de recherche, ont fait et font encore l'objet de pressions inacceptables dans le cadre de l'exercice de leur métier, sans autre financement que leur salaire de chercheurs de la fonction publique. Pourquoi ?







Les pressions odieuses sur des scientifiques neutres |
La science financée par PEW |
Une autre réalité |
La science n'est pas un support à l'imposture |
Quand Ifremer affirme sa neutralité



Les pressions odieuses sur les scientifiques neutres

Claire Nouvian a lancé des campagnes très agressives et nominatives contre des scientifiques d'Ifremer Pascal Lorence, et surtout Alain Biseau pour les faire craquer. Leurs tors : ne pas s'opposer clairement au chalut et ne pas porter leur voix au concert des scientifiques liés au financement de la fondation américaine PEW.

Ceci date de la mission pêche profonde de 2009. Pascal Lorence, un scientifique d'Ifremer faisait l'objet de pression p2. et Alain Biseau aussi en tant que rapporteur.

Depuis 1 an,  Mme Claire Nouvian s'acharne contre Alain Biseau.


Selon elle : "Ce qui se produit actuellement n’est qu’un épisode (l’ultime ?) d’une longue entreprise d’intimidation des lobbies de la pêche industrielle qui tentent de faire croire que la pêche profonde au chalut suscite un débat scientifique controversé alors que rien de tel n’a lieu dans la communauté scientifique, qui soutient clairement la proposition de la commission d'interdire le chalut des grands fonds [sur le site de Bloom dans la version du 25/11 après que plusieurs versions de ce texte n'aient été mises en ligne"].
"C'est alors que ces [ONGE] avaient découvert puis dénoncé publiquement la complaisance du rapporteur de la mission pêche profonde, l'halieute de l'Ifremer, Alain Biseau, et sa collusion avec le secteur de la pêche industrielle" [dans la vérité d'intermarché et celle de Monsanto sur les OGM aussi de Bloom]."

La science financée par PEW

Claire Nouvian, en bon petit soldat de PEW, pratique le science-based-lobbying, en utilisant pour son lobbying la science financée par PEW, les chercheurs et étudiants qui gravitent autour de ces financements, et leurs pétitions de "chercheurs engagés". PEW finance des bourses de scientifiques, finance des travaux et surtout finance à hauteur équivalente la communication autour des résultats. Une vraie machine de guerre médiatique.

Les 5 soeurs patronnesses (les fondations US dites caritatives - Walton, Moore, Packard, Pew, Oak) ont consacré plus de 100 millions de US$ au science-based-lobbying depuis la fin des années 90.

Le point de départ de ce science-based-lobbying grands fonds ? Difficile à dire, mais la publication phare serait celle-ci :

"Seamounts, biodiversity and fisheries, Sea Around Us, 2004. Les auteurs responsables sont  Telmo Morato, alors étudiant au programme Sea Around Us, et Daniel Pauly. Dans cette équipe apparaissent ensuite des noms très impliqués dans la DSCC : Rainer Froeze, Tony J. Pitcher, Telmo Morato, Reg Watson. La DSCC c'est la Deep Sea Conservation Coalition, l'une des 4 coalitions créées et financées par PEW pour donner l'impression que les voix se lèvent de toutes parts contre telle ou telle activité de pêche. PEW assure aussi le financement de sa communication via la société britannique "Communications Inc.", qui gère toute la communication des programmes marins des ONG Environnementales.

Le document lobbyiste de janvier 2012 de la DSCC avec des consultants bien connus dont Philip Weaver, Southampton, sympathisant et membre du programme Hermione (avec des soutiens financiers de PEW)"

Le programme "Sea Around Us" est piloté par Daniel Pauly et Rachid Sumaila, de l'Université de Colombie Britannique. Il a été créé par et pour PEW, qui le finance à hauteur d'au moins 15 millions de US$ depuis sa création [on est aujourd'hui probablement plus proche des 20 millions de US$]. Outre son grand amour des caméras, Daniel Pauly est régulièrement mis en avant par les campagnes des 4 coalitions financées par PEW, au risque d'apporter sa "caution scientifique" sur des sujets qu'il ne maîtrise pas. Mais bon être scientifique veut-il dire par essence que l'on maîtrise toutes les disciplines ? bien-évidemment.

Ce sont les dangers du science-based-lobbying. Donner l'illusion d'un vernis scientifique ou d'une caution scientifique devient stratégique. Ainsi, on ne s'étonne plus que des lobbyistes non scientifiques deviennent signataires de publications "scientifiques", comme c'est le cas de Mme Claire Nouvian co-signatrice de 2 publications des scientifiques dépendants de PEW.

La science devient péremptoire. La science est détentrice de l'unique vérité absolue. La science n'a plus droit au doute, ni à l'incertitude, ni au progrès de la connaissance. En d'autres temps et d'autres lieux, certains ont senti les flammes du bûcher sur de telles certitudes. Et pour d'autres ce sera le bûcher des vanités.

Une autre réalité ?

 La réalité c'est que sur les zones pratiquées par les pêcheurs (soit de 5 à 10% des zones), on n'en sait pas suffisamment pour dire s'il faut interdire ou non le chalut sur ce petit espace, pour protéger l'intégralité des stocks et des 90% non exploités. Il y a impact c'est certain, par les captures accessoires.

Mais peut-on tolérer cet impact sur 5 à 10 % de la zone sans mettre en péril le reste ? Peut-on accepter un compromis entre la production de 7000 à 15.000 tonnes de poissons alimentaires et 5% à 10% d'impact ? C'est une question complexe.

Sur la question de la santé du stock (hors impact), il y a eu une amélioration mais encore une fragilité. Le CIEM, le groupe de scientifiques officiel et neutre qui conseille l'Europe, en a déduit tout de même qu'il pouvait y avoir une augmentation des quantités pêchables.

Cette augmentation est proposée car les éléments d'informations montrent une orientation positive vers le Rendement Maximum Durable selon leur compréhension du moment et la période donnée. Mais cela pourrait changer suivant la qualité et la connaissance qu'on a du recrutement (renouvellement du stock).

Et le CIEM pourra tout aussi bien en proposer une diminution ensuite, comme c'est le cas pour toutes les pêcheries gérées et contrôlées (c'est le jeu normal de l'ajustement de l'exploitation, de la science aux évolutions du stock). C'est la différence avec la pêche illégale, non renseignée, non régulée.

Bref c'est complexe. et c'est l'affaire de la science neutre, pas de la communication lobbyiste.

La science n'est pas un support à l'imposture

La réalité, c'est que les lobbyistes du blue charity business on besoin de la science pour convaincre les foules de la classe moyenne. Et surtout de la communication ultra simplificatrice et les raccourcis qui sont aussi financés par PEW [via le Lenfest ocean programme].

Ce qui expose tout opposant à une violente campagne de communication. Et sans états d'âmes PEW et ses affiliés jettent leurs contradicteurs en pâture à des foules qu'ils ont préalablement chauffées à blanc.  

Le science-based-lobbying, c'est l'inquisition espagnole. C'est la pression pour décider vite et sur des décisions définitives, hors du temps de compréhension de la recherche. C'est la mise au pilori et à la vindicte populaire des contradicteurs.

C'est le temps des chercheurs show-business contre les chercheurs des labos, le temps de "chercheurs-militants-engagés" contre le chercheur neutre. C'est le temps des procès de l'Eglise contre Galilée.

Quand Ifremer affirme sa neutralité

 Pour autant, quand Ifremer affirme sa neutralité comme lors de l'audition à l'Assemblée nationale dont le texte est essentiellement repris dans ce communiqué de presse, Claire Nouvian s'empresse de déformer le message tout en maintenant ses atteintes odieuses : "Ifremer retire sa caution scientifique aux lobbies de la pêche profonde". Elle ne peut concevoir que la science n'est pas partisane, que tout est affaire de caution. Et que donc le camp d'en face n'a plus de caution alors qu'elle même a ses cautions de PEW. Mais que dire de l'augmentation de quotas qui a été proposée par les scientifiques du CIEM ?

Elle continue d'ailleurs dans sa diatribe anti science publique et anti doute de la recherche.




Il n'est pas trop difficile de comprendre qui essaye de contrôler qui. On pourrait presque parler de "mise au pas". Vous noterez le sarcasme du point 2, "j'ai réussi à vous intimider".

Bienvenu dans les temps de l'obscurantisme de la communication violente. Bienvenu dans le temps des jugements définitifs et péremptoires des courtisans de l'opinion des classes moyennes. Ces gens sont pour moi des imposteurs, au sens de la Fabrique des Imposteurs, caméléons des codes sociétaux de leurs temps. C'est pour cela que l'apparence d'un soutien scientifique est si vital pour eux. Sinon ils n'existeraient plus. Et ça, pour un imposteur, ne plus exister, c'est terrifiant.

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